Etats modifiés de conscience et évolution

Nous vivons une époque formidable qui voit des connaissances passionnantes émerger quant à la modulation de nos états de conscience et son impact sur notre relation au monde.

Cette matière vient tisser quelque chose dans un vide de compréhension aux conséquences aussi diverses que problématiques, qui nous a vus oublier (l’avons-nous vraiment déjà su?) qu’il y a une interdépendance, une inter-création entre ontologie (ce que nous croyons être) gnoséologie (ce que nous croyons savoir) et épistémologie (comment nous croyons savoir).

Tout le modèle techno-scientifique et le système capitaliste qu’il sert sont ainsi basés sur des erreurs de perspectives paradigmatiques qui obscurcissent notre vision du monde là où la démarche scientifique a vocation de l’éclairer. En découvrant que notre conscience se module, que ses différents types fonctionnements donnent accès à différentes formes d’intelligence (rationnelle, symbolique, émotionnelle, relationnelle voire mystique) nous sommes en fait en train de développer (en nous l’appropriant) une nouvelle maîtrise de notre être-au-monde. Dans des registres et avec une fulgurance civilisationnelle que nous sommes loin de mesurer…

Vous trouverez en téléchargement libre un article paru l’été dernier dans l’excellente revue Dépendances dans lequel je présente quelques perspectives à ce sujet, tout en ayant curieusement omis de traiter de la plasticité cérébrale qui en constitue un socle de compréhension fondamental…

Les états modifiés de conscience, Dépendances_n°52

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La médecine de demain

J’ai vécu récemment à Paris une belle soirée de réflexion et de partage avec Stéphane Allix, fondateur de l’INREES, dans le cadre d’une conférence sur la médecine de demain et  la convergence attendue entre biomédecine et pratiques alternatives de santé.

Même s’il est légitime d’attendre de la médecine de nouvelles percées techniques, je pense en effet que la plus grande évolution qui l’attend ira dans le sens de s’ouvrir pleinement aux dimensions émotionnelles et existentielles de la relation soignant-soigné.

En fait, le problème est assez simple : l’essentiel des déterminants de la santé et de la maladie relèvent de cette dimension existentielle. Les recherches en santé publique montrent que les facteurs de vulnérabilité ou de résilience tiennent à l’histoire personnelle (et en particulier, les psychanalystes l’avaient bien vu, à la petite enfance), à l’histoire familiale, aux conditions et habitudes de vie, à la densité et à la qualité de l’inscription relationnelle et sociale, ainsi qu’au sens qu’une personne attribue à sa trajectoire de vie et aux ressources dont elle dispose pour se sentir l’acteur de sa destinée.

En face, la médecine, enfermée dans le carcan de la matérialité, se rétrécit dans des procédures et des réponses essentiellement biochimiques. Cherchez l’erreur…

Il résulte de cette évolution une énorme souffrance, tant pour les patients que pour les soignants eux-mêmes. Rajoutez une louche de contraintes économétriques et vous aboutissez à un système de soins en crise.

La réhabilitation de l’expérience existentielle du patient au cœur du dispositif de soins, la compréhension de l’efficacité du symbolique (et donc de l’utilité-aujourd’hui démontrée- des pratiques de santé non-scientifiques), la reconnaissance de l’importance de l’empathie dans la relation thérapeutique et de son impact sur l’efficacité des traitements constituent à mes yeux les enjeux de l’évolution nécessaire et qui se profile.

Car les données affluent : ces éléments ne sont pas juste des énoncés de valeur vertueux ou moraux… Ils sont validés par ce que la recherche montre de manière convaincante. Si l’on veut améliorer la qualité et l’efficacité des soins médicaux, on ne peut passer que par là.

Trois petites vidéos sur ce sujet (la conférence est disponible dans son intégralité pour les abonnés à l’INREES : lien)

 

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L’ancrage ou l’art de la relation au réel

Je suis heureux de partager avec vous un article rédigé pour la revue Hohzo – médecines de la Terre sur le thème de l’ancrage. Qui aborde -rapidement et donc superficiellement- la question de comment notre qualité de présence et d’attention influence notre relation au monde.

Chaque culture induit un certain  « codage » du système sensoriel et de la conscience. En nous développant à l’intérieur d’une culture donnée, nous nous façonnons en conformité avec les grandes lignes de forme de ce codage.

La diffusion massive aujourd’hui en Occident de pratiques méditatives (à travers des déclinaisons comme la Pleine Conscience, le yoga ou la sophrologie) répond en quelque sorte à la domination du modèle techno-scientiste. Celui-ci nous coupe en les niant des dimensions les plus fondamentales de nous-mêmes alors que le déluge de stimulations sensorielles caractéristique de l’ère numérique nous excentre constamment.

J’aborde dans ce texte la pathologie de notre rapport au monde qui en découle, caractérisé par la haine de la poésie et la perte de contact avec l’univers des qualités. Ainsi que certaines implications civilisationnelles, notamment dans la sphère de l’économie.

Bonne lecture !

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Qu’est-ce que la Création ?

La question m’était posée (conjointement à d’autres auteurs) par la revue Hozho – Chamanisme et Médecines de la Terre, sous forme d’une carte blanche :

Nobody knows… Les religions proposent des certitudes, le matérialisme cartésien referme le questionnement là où la spiritualité invite à la contemplation féconde du mystère de notre existence. Et puisque le sens de notre expérience terrestre n’est pas donné, puisque nous ne savons rien de l’essentiel, nous avons à nous rendre créateurs de ce temps de vie qui nous est donné– et que nous avons probablement choisi. Je ne crois pas en une morale, mais à une éthique :  celle que certaines choses nourrissent la vie en nous et la font grandir alors que d’autres la rétrécissent ou la blessent. L’invitation est alors celle de pouvoir éprouver le sens de la relation que nous entretenons avec nous-mêmes, avec les autres et avec le monde…

Nous portons en nous une nostalgie de l’infini qui nous conduit par les jeux du besoin et du désir à chercher une satisfaction qui puisse restaurer en nous un sens de la plénitude originelle. Plus cette nostalgie est vivace, plus nous pouvons aborder le monde dans un état de tendresse et de vulnérabilité. Et nous sentir reliés, en unité de destinée avec toutes les formes de vie. Lorsque cette ressource s’assèche, émergent alors des tentatives de domination et d’exploitation, de consommation effrénée dans l’espoir illusoire que nous pourrons être comblés par ce qui, par nature, est éphémère. Le risque apparaît alors de stériliser et de brutaliser ce monde qui nous fait peur et que nous rêvons de pouvoir mater par notre savoir et notre technologie.

Je crois aux vertus de la créativité et du symbolique pour nous faire avancer sur ce chemin qui nous ramène au cœur de nous-mêmes et de notre expérience de vie. Le jeu avec les formes, les qualités, le sens nous met en contact avec le mystère et nous invite à le rencontrer. Nous pouvons alors nous reconnaître sensibles, ouverts, vivants, avec une possibilité de danser notre vie plutôt que de la subir.

Qu’est-ce que la vie ?
C’est l’éclat d’une luciole dans la nuit.
C’est le souffle d’un bison en hiver.
C’est la petite ombre qui court dans l’herbe et se perd au coucher de soleil.

CROWFOOT Chef Pied-Noir (1830-1890)


HOZHO No 0- www.hozho.ch / www.universduchaman.ch

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Hommages à Mandela : l’occultation du spirituel…

Antoine Maurice me faisait remarquer récemment à quel point, dans le déluge d’hommages et de papiers faisant suite à son décès, les commentateurs n’évoquaient à peu près jamais la dimension spirituelle du grand homme et combien elle fut fondatrice de son action. A peine évoquait-on sa confession comme on parle de son appartenance ethnique ou de sa physionomie. Oui alors, une vague allusion à la notion d’Ubuntu, rapidement survolée en trois lignes…

La vision Ubuntu,  à la convergence de certaines valeurs traditionnelles africaines et du christianisme, reconnaît une communauté de destin à tous les membres d’une société et, au-delà, à l’humanité tout entière. Il s’agit d’une traduction du concept central à l’enseignement du Christ: « ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». Ou, sous une forme positive, « traite l’autre comme tu voudrais toi-même être traité ». Ou, de manière plus juste encore : « la manière dont tu traites l’autre est en vérité la manière dont tu te traites toi-même ».

On ne peut comprendre la vie de Nelson Mandela sans prendre en considération cette conception spirituelle fondamentale. Qu’il exprimait par exemple dans une citation souvent reprise : « Un homme qui prive un autre de sa liberté est prisonnier de sa haine. Il est enfermé derrière les barreaux de préjugés et d’étroitesse d’esprit. L’oppressé comme l’oppresseur sont identiquement privés de leur humanité« .

Occulter la profondeur et la densité de cette vision, qui n’est pas un concept intellectuel ou moral, mais un véritable engagement spirituel revient à faire de son cas une singularité morale, certes exceptionnelle, là où il s’agit d’une démarche paradigmatique. La cérémonie multiconfessionnelle donnée hier en son honneur (avec des célébrants chrétien, juif, musulman et hindou) mais aussi la large communion populaire à travers le monde réunissant aussi bien des agnostiques et des athées montre qu’il ne s’agit en rien d’une question religieuse, mais bien spirituelle. Lire la suite

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Le rôle du psychiatre n’est pas de « psychiatriser » la vie.

Cet aphorisme a été proposé en son temps par Julian de Ajuriaguerra (1911-1993) qui avait su faire du domaine psychiatrique de Bel-Air un pôle vibrant d’une psychiatrie humaniste et éclairée.

Et il faudra bien qu’on se pose sérieusement la question de savoir comment on est en train d’en arriver là, la nouvelle mouture du DSM (traité de diagnostic psychiatrique) dérapant très sérieusement dans cette direction ! Et forçant le trait de proposer avant tout des réponses médicamenteuses à des questions qui sont des questions affectives, relationnelles, sociales, des questions de vie…

A tel point que même le responsable de la version précédente, qui elle-même glissait dangereusement dans cette direction, ne cesse de tirer la sonnette d’alarme depuis sa retraite californienne.

Pendant ce temps, à Genève, le responsable du Département de psychiatrie fait étal de sa fascination technique, expliquant que « l’intervention psychothérapeutique doit avoir la précision d’un geste chirurgical ». Ben tiens…

La confusion des registres est patente. Que penserait-on d’un chirurgien qui expliquerait à ses troupes qu’une intervention chirurgicale devrait avoir la profondeur polysémique d’une interprétation psychanalytique?…

La dérive technique de la psychiatrie reflète à quel point la part de l’humain se rétrécit dans une culture livrée, selon les mots du philosophe Fabrice Midal, à la religion de l’utilité. Non, la santé psychique ne relève ni de la chimie, ni de l’économétrie, même si ces registres ont aussi un rôle à jouer. Mais l’humain relèvera toujours de l’humain, la vie de la vie, est assujettir ces dimensions fondamentales à des registres techniques ne peut que conduire à la négation de qui nous sommes, de ce dont il s’agit.

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Les guérisseurs : que et comment font-ils?

Les pratiques de guérison continuent de fasciner et d’attirer nombre de nos contemporains. A notre époque hyper-technique, alors que la biomédecine continue d’avancer dans son savoir et ses possibilités d’intervention sur le corps, ces pratiques intemporelles connaissent un regain de vitalité observable tant dans la fréquence du recours qu’en font les Occidentaux que dans certains succès de librairie.

Le livre de l’ethnologue Magali Jenni, Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret, décrivant ces pratiques et dessinant le portrait de dizaines de guérisseurs, s’est vendu à près de 60’000 exemplaires en Suisse romande, ce qui constitue le plus gros succès éditorial de ces dernières années.

J’ai eu le privilège d’observer la pratique de nombreux guérisseurs en Occident et dans d’autres contextes, en particulier lors d’un travail de terrain étalé sur une douzaine d’années aux Philippines. De manière amusante, tous m’ont affirmé à un moment ou à une autre que je disposais d’une aptitude en la matière et m’ont offert de me former. J’ai donc pu connaître ces pratiques à la fois dans ma posture d’anthropologue, mais aussi d’expérimentateur. Lire la suite

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