Manipulateurs pervers : welcome to the dark side

On parle de plus en plus d’un profil psychopathologique aussi étonnant qu’inquiétant, couramment appelé « pervers narcissique » ou « manipulateur pervers ».

De nombreux livres paraissent à ce sujet, aussi bien que des articles de vulgarisation dans la presse. Les formations professionnelles s’y intéressent, les entreprises commencent à en tenir compte, notamment parce que les personnes dont il est question commettent des dégâts redoutables à travers des stratégies de harcèlement moral (mobbing).

De quoi s’agit-il ?

Les manipulateurs pervers sont de grand malades dont l’existence entière est consacrée à une lutte désespérée pour leur équilibre psychique et donc leur propre survie. Profondément destructurés intérieurement, ils ne peuvent préserver leur équilibre qu’en mettant d’autres personnes sous emprise et en entreprenant méthodiquement de les détruire.

Leur caractéristique principale est que leur pathologie est masquée derrière une capacité de camouflage extrêmement performante : ils donnent l’apparence d’une normalité psychique, affichant même le visage d’une réelle humanité, avec des qualités d’écoute, d’empathie, de délicatesse et de prévenance qui paraissent convaincantes.

A cela près que tout est feint. Ces traits sont mis en avant à la seule fin de pouvoir harponner leurs victimes. Lorsque cette opération est réussie, que la confiance de celles-ci leur est acquise, elles entreprennent alors un progressif, méthodique et implacable travail de sape, d’autant plus redoutable qu’il est soigneusement dissimulé.

Nous sommes naturellement horrifiés, ébranlés et fascinés  par les psychopathes, ces personnes dépourvues des sentiments naturels à notre humanité comme la compassion et la culpabilité. Des faits divers tragiques et ignobles nous scandalisent et nous interpellent, tout autant que les atrocités commises dans des situations de violence collective.

Le nombre de romans, de films ou de séries télévisées qui leur sont consacrés reflètent bien le vertige que provoquent en nous ces personnes. Avec les manipulateurs pervers, nous sommes dans le même registre, à cela près qu’il n’y a pas la moindre hémoglobine ni de violence apparente : tout est agi en sourdine. Mais avec la même destructivité. Le meurtre (puisque c’est l’objectif ultime du pervers) est psychique et indirect.

Les psychologues reconnaissent aujourd’hui ce qu’ils appellent dans leur jargon la « triade noire ». Ce sont les traits de personnalité suivants, qui concernent tous trois les manipulateurs pervers :

  • Le narcissisme
  • Le machiavélisme
  • La psychopathie

Le narcissisme indique que la personne est complètement auto-centrée, qu’elle n’a en quelque sorte jamais pu accéder à la différenciation. Le monde extérieur est un prolongement d’elle-même qui n’a pas de vie propre ; les autres ne sont pas considérés comme des personnes, des êtres sensibles, mais des entités sans valeur, des sortes d’abstraction, contre lesquelles elle vont tourner leur violence et leur haine. Dans sa toute-puissance, le pervers va manipuler ses proies avec un art consommé pour les conduire à vivre ce que lui choisit, attisant à tour de rôle leur confiance, leur appréciation, leur reconnaissance, leur peur, leur tristesse. Sa satisfaction naît du pouvoir qu’il acquiert sur eux et de leur faire vivre ce qu’il choisit.

Le machiavélisme consiste en cet art patient, méticuleux et sans le moindre état d’âme de jouer la relation comme une partie d’échec pour aboutir à ses fins. Le pervers collecte soigneusement les informations, observe tout ce dont il va pouvoir tirer partie le moment venu, attendant parfois pendant des années que l’occasion se présente. Rien de ce qui est dit ou montré ne relève d’une quelconque sincérité, sentiment inaccessible au pervers.

La psychopathie (ou dit parfois aussi sociopathie) est cette caractéristique par laquelle la personne concernée est totalement dépourvue de la moindre compassion. Elle ne dispose pas de la ressource de la culpabilité qui, toute encombrante qu’elle soit lorsqu’elle devient excessive, est un garde-fou de notre agressivité et donc contre la tentation de la maltraitance envers autrui. Le psychopathe peut torturer l’autre avec le même détachement avec lequel nous déchirerions une feuille de papier ou une poupée de chiffons. Avec toutefois une jouissance du mal causé, source d’excitation pour lui. Et une finalité souveraine qui est la destruction.

Les manipulateurs pervers réunissent ces trois traits. La différence avec les serial killers est qu’ils agissent de manière feutrée. Leur but à eux est la destruction de l’autre petit à petit, par dévitalisation, suicide, accident ou maladie. Avec, jusqu’il y a peu, l’assurance de ne pas se faire prendre ou de ne pas être inquiétés…

On reconnaît aujourd’hui que le processus mis en oeuvre par les pervers suit plusieurs phases :

1/ L’approche

Le pervers est animé par un besoin vital de prendre l’emprise sur un tiers. Il s’intéresse (nous y reviendrons) en priorité à des personnes pleines de vitalité, sensibles, créatives, souffrant aussi (ce sera leur prise) de fragilités en termes d’estime de soi. Elles sélectionnent donc au radar les proies possibles et s’attache dans un premier temps à les aborder sans susciter leur méfiance.

2/ La séduction

Une fois le contact établi, il s’agit de mettre la proie en confiance non seulement en montrant patte blanche, mais en affichant, sans exagération qui risquerait de paraître suspecte, des qualités humaines convaincantes. Le pervers est alors virtuose à se montrer compréhensif, soutenant, sensible, humble. Il se présente sous le jour d’une belle personne. A ce stade, la proie se félicite et remercie la vie d’avoir rencontré quelqu’un d’aussi digne de confiance…

3/ La culpabilisation

Le rapport de confiance établi, le pervers va chercher à prendre un ascendant, en soulignant insidieusement les fragilités et les défauts de sa proie. Il va invoquer la franchise et l’amitié pour entreprendre un méticuleux travail de sape de l’estime de soi de l’autre.

 

 

 

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