And The Winner Is…

Comme chaque année, en parallèle à la grand-messe de Davos, un collectif d’ONG vient de décerner le Public Eye Award des pires entreprises sur la base de critères relevant de la responsabilité sociale et environnementale. Initiative d’autant plus crédible que le jury est constitué d’un panel de personnalités échappant au cliché du gauchiste grincheux, incluant des sommités académiques du domaine de l’éthique des entreprises.

And the winner is… Goldman Sachs, pour avoir, en échange d’honoraires exorbitants, camouflé la moitié des dettes de la Grèce conduisant le pays à la ruine. Rappelons pour mémoire que la banque a procédé fin 2012 à des versements de primes et bonus comme au bon vieux temps !

Le prix du public allant à Shell, déjà vainqueur en 2005 pour ses pratiques d’extraction gazeuse à l’air libre au Nigéria, cette fois-ci pour ses projets d’exploitation pétrolière en Arctique à très haut risque environnemental.

Les autres nominés ne sont pas en reste…

Le prestataire privé de « services de sécurité » britannique G4S, mandaté par de nombreux gouvernements dont le gouvernement israélien,  est impliqué dans d’innombrables violations des droits humains.

L’entreprise Repower, à majorité suisse, projette la construction d’une centrale au charbon hautement polluante en Calabre. Pour faire face à l’opposition de la population et des autorités locales, Berlusconi a fait passer une loi supprimant le droit de regard de celles-ci. Et vive la démocratie participative !

Coal India extrait des masses de combustible minéral dans des conditions environnementales et sociales épouvantables, s’appropriant des territoires entiers à cette fin au détriment des populations locales.

Lonmin, compagnie minière sud-africaine, a fait intervenir la police et l’armée pour briser une grève en réaction aux conditions de travail rappelant l’esclavage, avec 44 morts à la clé.

Enfin, le français Alstom s’est spécialisé dans la corruption active dans de nombreux pays, y compris la Suisse…

A part ça, les affaires vont bien, merci pour elles.

Pendant ce temps,  notre pittoresque Président de la Confédération, s’est prévalu à Davos d’un laïus invitant à s’inspirer du succès du «système libéral»  plutôt que de le critiquer. Tant de candeur émeut. Elle fait penser à un prélat catholique qui à l’époque de la Réforme serait venu vanter les vertus des indulgences et inviter les esprits chagrins à louer la Divine Bonté ayant permis qu’un système si généreux soit offert aux misérables pécheurs….

Toute la vision du monde capitaliste repose sur la distorsion de principes naturels, notamment la survalorisation de la notion de compétition. Si celle-ci existe bel et bien (et possède certaines vertus) jamais la complexité n’aurait émergé au sein de l’univers physique, de la biosphère et des sociétés humaines sans les corolaires de collaboration intra et interspécifique ainsi que des processus de symbiose.

Par sa vision caricaturale, l’univers capitaliste distord la réalité et, énonçant ses règles de fonctionnement sur un paradigme biaisé, s’enfonce dans une religiosité relevant de l’adage vaudois bien connu « Quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on se dit qu’on a bien raison de penser ce qu’on pense ». Oui, mais sans se questionner sur sa manière de voir et d’entendre. Et nous proposant in fine de faire toujours plus de la même chose, comme si à un moment donné et magiquement les mêmes causes allaient produire d’autres effets…

Le capitalisme a bien sûr ses vertus, mais ses principes ont à être contrebalancées par des mesures limitatives du fait de son incapacité à prendre en compte les équilibres, notamment environnementaux, sociaux et culturels, c’est-à-dire naturel et humain.

En ce sens, la vision libérale du monde est une vision imbécile, au sens étymologique du terme, soit limitée dans sa capacité d’appréhender le réel. Les non-sens auxquels elle conduit (et leur prix, toujours porté en ultime analyse par les populations), que des acteurs comme le Public Eye Award ont le mérite de mettre en lumière, doivent être intégrés à notre vision des choses pour sortir de cette imbécillité, ce d’autant plus qu’il commence à y avoir une certaine urgence…

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