Dangers des OGM : de quoi parle-t-on?

Sensation dans la presse il y a une dizaine de jours avec la publication des résultats de l’étude réalisée par Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen et son équipe. Menée dans le plus grand secret (!) cette recherche montre une augmentation massive des cas de cancer sur des rats nourris au maïs transgénique.

Dès le lendemain, une contre-attaque était menée, au motif que l’échantillon statistique était insuffisant et que la variété de rats utilisés, hautement consanguins, manifestait une prédisposition intrinsèque aux tumeurs.

Comme toujours, on ne sait trop qu’en penser. Études et contre-études se contredisent tantôt soulignant l’existence d’un risque, tantôt le niant. Une seule chose est sûre : nous ne disposons pas d’une masse de données suffisamment fiable, ce qui est en soi scandaleux et  ne relève pas d’un malheureux hasard.

Au-delà de la polémique en question, il est en effet une perspective qui s’impose : celle de l’extraordinaire collusion existant entre les fournisseurs de produits à risque et ceux qui sont sensés les évaluer et les contrôler.

Peu avant, deux éminents professeurs de médecine (les médecins Bernard Debré, député UMP de Paris, et Philippe Even, directeur de l’Institut Necker, peu suspects de dérives idéologiques anticapitalistes) publiaient un guide affirmant que 50% des médicaments en usage sont inefficaces et au mois 5 à10% dangereux, décrivant l’industrie pharmaceutique comme «la plus lucrative, la plus cynique, la moins éthique de toutes les industries».

Plus tôt encore, le géologue Walter Wildi démissionnait du comité consultatif « Gestion des déchets » du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) en invoquant une « culture de la sécurité irresponsable » et la collusion malsaine entre l’industrie nucléaire et les autorités de contrôle.

Le thème est récurrent au point d’en constituer une ligne de force de la mauvaise gouvernance. Faut-il ainsi rappeler que l’Organisation mondiale de la santé elle-même s’en remet aux services de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (lobby transnational de l’industrie s’il en est!) pour l’évaluation des risques du nucléaire pour la santé. On pourrait multiplier les exemples à l’infini.

En fait, ce qui est en jeu, c’est la possibilité et la garantie de pouvoir disposer d’évaluations neutres et impartiales en ce qui concerne les risques sanitaires.

Tout, dans nos sociétés, est configuré pour empêcher la constitution de pôles forts et indépendants d’évaluation.

La recherche est financées pour l’essentiel par les industries elles-mêmes. Les instances de contrôle sont largement soumises idéologiquement aux domaines concernés. En vertu du principe de dissonance cognitive (fonctionnement de notre conscience qui tend à écarter d’emblée les pensées non-conformes à notre système de croyance), elles tendent à orienter, délibérément ou non, les recherches en écartant ce qui peut troubler la quiétude de leurs certitudes. Bref, nous sommes largement en panne d’intelligence quant à une évaluation objective des risques et des impacts.

Comment y remédier?

Le physicien Max Planck, qui fut un de ceux qui révolutionnèrent la physique au début du XXème siècle, relevait pour s’y être confronté qu’ « Une théorie nouvelle ne triomphe jamais. Ce sont ses adversaires qui finissent par mourir » et sont remplacés par une nouvelle génération de scientifiques apte à l’intégrer à son système de pensée.

En l’occurrence, il s’agirait pour sortir de l’ornière de pouvoir dépasser le règne des experts (qui comme le veut l’adage délaissent les petites erreurs au profit des grandes) et des lobbys pour mettre en œuvre une réelle préoccupation citoyenne au sein des dispositifs d’évaluation et de contrôle.

Une exemple intéressant a parfois été utilisé dans le domaine de la santé. Le CHU de Nantes s’est ainsi livré en 2003 à une expérience d’expertise profane : un jury de citoyens sélectionnés a pu pendant plusieurs semaines se promener dans l’établissement et poser toutes questions utiles sur les pratiques. Et, à l’issue de ce temps, soumettre un ensemble de propositions et de recommandations.

Dans le cas présent, la culture hospitalière (comme toute culture professionnelle) en vient vite à tenir pour naturelle et évidente sa manière de voir les choses (phénomène que l’on appelle ethnocentrisme en anthropologie), et considérer comme justifiées des pratiques qui peuvent ne pas l’être. L’expertise profane a l’immense mérite de reposer les questions depuis la base et non pas sur les multiples étages des préjugés et croyances acquises au sein de n’importe quel milieu.

Toute entreprise, institution ou organisme est pareillement pollué -sans le savoir ou en la sachant- par tout un ensemble de parti-pris et de dénis de réalité. Les différents éléments énoncés au début de cet article montrent surtout la défaillance des systèmes de prise en compte de la réalité et combien il y aurait à gagner à adopter des structures et processus transdisciplinaires, zebrés entre les experts et les profanes. Mais ici comme ailleurs il y a encore du chemin à faire…

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Un commentaire pour Dangers des OGM : de quoi parle-t-on?

  1. delporte dit :

    bonjour
    je pense en effet que les système de croyances institutionnels nous embarquent souvent dans des dérives: revenir à la structure des choses : qui fait quoi et qui est responsable de quoi en élimine (difficilement) certaines….il en reste dont nous n’avons pas conscience tant elles sont entrées dans notre quotidien….le néophyte a le mérite de poser des questions dont la pertinence a fini par nous échapper…

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