Les médecins et les guérisseurs

J’étais interrogé hier par une journaliste du magazine Inexploré (publié par l’Institut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires) qui prépare un article sur la collaboration entre médecins et guérisseurs, dont on constate en effet qu’elle se développe de plus en plus, en dépit parfois -c’est le cas en France- de l’opposition de l’Ordre des Médecins à ces autres pratiques de santé.

La question m’était posée des différences existant d’un pays ou d’un continent à l’autre. Aux Etats-Unis, en Angleterre, mais aussi en Suisse, une ouverture s’est créée à certains endroits permettant à des praticiens de soins énergétiques de venir traiter des patients en milieu hospitalier. Ou encore l’on tient à disposition des patients des listes de barreurs de feu, ressource très utile par exemple en oncologie pour limiter les effets secondaires des radiothérapies.

Même si ces pratiques ne sont en rien scientifiques (c’est-à-dire que nous n’avons à ce jour aucun moyen de comprendre comment elles opèrent), l’observation empirique montre leur utilité. Dès lors qu’un médecin ou une équipe médicale est concernée en premier lieu par le bien-être de ses patients, il fait sens de ne pas les priver d’une ressource capable d’apporter un soulagement, même si elle relève d’un univers complètement différent de celui de la médecine technique.

Un fondamental de cette réflexion tient à ce que la santé est une dimension de l’existence qui ne relève que très partiellement de la médecine. Si celle-ci a développé des pouvoirs d’agir précieux et dont nous profitons tous, la santé -ou la maladie- s’enracinent dans des ordres de causalité multiples et dont beaucoup échappent au savoir et aux possibilités d’intervention du médecin. On sait par exemple que les niveaux de stress excessifs au travail (relevant en premier lieu de dysfonctionnements dans l’organisation de celui-ci) amplifient le risque de souffrir de troubles cardio-vasculaires ou nerveux, de connaître des perturbations du sommeil ou de l’humeur. Dans quelle mesure ces déterminants relèvent-ils de la médecine, et dans quelle mesure un traitement de santé doit-il aller jusqu’à les prendre en compte? On décèle là la complexité du découpage des territoires…

L’Organisation Mondiale de la Santé définit ainsi la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social ». C’est ambitieux et à vrai dire quelque peu gourmand… A ce stade, ce n’est plus de santé qu’il convient de parler, mais peut-être d’illumination ou d’éveil spirituel! Après tout, si tel est le but poursuivi par cet organisme, et même s’il y a encore de pain sur la planche, on ne peut que souhaiter qu’il y parvienne.

Plus sérieusement, la santé se réfère à une qualité de vivre qui englobe bien plus que le strict fonctionnement normal du corps et du psychisme. La médecine, avec son extraordinaire connaissance de l’intelligence matérielle du corps, détient des clés fondamentales en la matière. De plus, les ouvertures actuelles issue de la psycho-neuro-immunologie (l’influence des réalités subjectives sur le fonctionnement organique), de l’épigénétique (la manière dont les événements de notre vie et ceux de nos ascendants influencent l’expression de nos ressources génétiques) et de la santé publique (en montrant ce qui renforce ou fragilise l’individu dans sa relation à son environnement) viennent élargir ses perspectives jusqu’à atteindre une inévitable dimension existentielle. Et replacer le médecin dans une saine posture d’être un agent de santé parmi d’autres.

Dans ses dérives autoritaires (qui refluent heureusement) la médecine a parfois perdu de vue ce qui relève d’une réalité juridique fondamentale : dès lors qu’un patient est reconnu capable de discernement (ce qui est le cas à de très rares exceptions), il est en charge de ses décisions, libre et autonome, quant à sa santé et aux traitements qu’il souhaite ou non recevoir. Un médecin a donc à être un conseiller en santé, s’appuyant certes sur son expertises et son savoir, mais qui est là pour éclairer la patient sur la réalité dont il souffre, lui décrire les modalités de traitement disponibles, leurs avantage et leurs inconvénients, leurs statistiques de succès et se tenir à sa disposition pour les soins qu’il souhaite recevoir.

Dans cette optique, le patient est au centre de sa trajectoires de santé. Et l’hôpital n’est pas -ou en tout cas pas exclusivement- le lieu du pouvoir médical, mais celui où une personne en perte d’autonomie vient s’abriter le temps que dure son besoin, tout en restant l’acteur et le responsable de ses choix.

Nous connaissons tous ces dérives, abondamment étudiées, par lesquelles un patient admis se trouve dépossédé d’une grande partie de son identité, parfois de sa dignité, ayant pénétré dans l’espace du pouvoir médical.

Eh bien non! Le milieu hospitalier reste un espace citoyen, et le patient précisément un citoyen, un ayant-droit, une personne souveraine. Même s’il est inévitable qu’un certain renversement s’opère (qui peut aussi avoir son utilité en termes transférentiels), il importe de garder l’église au milieu du village et le patient souverain au centre du milieu hospitalier, le personnel soignant étant à son service pour l’aider face à la réalité de son besoin.

En ce sens, la territorialité de l’hôpital n’a pas à être autoritairement celle du pouvoir médical et de ses convictions quant au bien du patient, mais un espace d’accueil et de communication entre patient et soignant.

Ce que l’on observe, c’est que dans un milieu centralisateur et jacobin, comme l’est la France, avec un Ordre des Médecins très sectaire quant aux autres pratiques de soins, les patients sont privés de l’accès à d’autres recours susceptibles de les aider. La rigidité observée tient à une position territoriale autoritaire : l’hôpital est notre territoire et nous ne tolérons pas que quoi que ce soit d’autre y existe…

Si la situation est plus ouvertes ailleurs, c’est que nous y trouvons des philosophies d’autorité différentes. Aux Etats-Unis, le mouvement de défense des droits des citoyens et des consommateurs a agi comme un ouvre-boîte de l’hôpital. La liberté religieuse sur laquelle s’est construit ce pays garantit le rappel d’emblée du respect nécessaire à l’égard des convictions de chacun. L’Angleterre quant à elle, hors ses belles libéralités intellectuelles, a gardé quelque chose de l’habeas corpus. Quant à la Suisse, sa tradition fédéraliste, respectueuse des minorités, a là aussi trouvé une certaine traduction dans la relation soignant/soigné.

Les médecins (enfin, nuançons, certains médecins…) peuvent donc ouvrir leurs services à d’autres types de pratiques ou référer leurs patients à des guérisseurs lorsqu’ils pressentent que cela peut leur être utile. Cette coexistence est rendue possible par une flexibilité de pensée alliée à un pragmatisme de bon aloi.

Comprendre que le patient puisse utiliser d’autres ressources soignantes, en complément à ce que la médecine peut apporter, et que dans la singularité de sa personnalité et de son histoire de vie, cette complémentarité puisse lui être utile, voilà une observation à laquelle de plus en plus de médecins arrivent naturellement. Mais aussi parce que les patients s’engagent massivement en ce sens depuis quelques années…

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