Hollande-Sarkozy : analyse d’un débat

Les débats entre candidats au second tour de l’élection présidentielle sont devenus des rites de premier ordre dans la vie politique française. Si certaines situations anciennes ont pu voir des rapports de force se modifier et donc influencer le résultat de l’élection (notamment en 1974 et 1981), la préparation des acteurs en limite aujourd’hui l’impact en fonction du phénomène appelé dissonance cognitive en psychologie : chacun cherche et trouve avant tout dans ce moment la confirmation de ce qu’il pense.

Pourtant, l’édition 2012 aura vu un singulier fait psycho-émotionnel se dérouler… Nicolas Sarkozy, on le sait, était convaincu de pouvoir « exploser » (selon ses termes) son adversaire et saisir ce moment pour faire basculer les intentions de vote en son sens. Il était confiant dans la faiblesse de personnalité de Hollande ainsi que dans celle de son projet et pensait pouvoir ne faire qu’une bouchée du candidat socialiste.

Or ce n’est de loin pas ce que nous avons vu… François Hollande s’y est montré solide et campé d’avance dans une autorité présidentielle là où Nicolas Sarkozy s’est enfoncé dans un stress de plus en plus perceptible à être mis en échec. Que s’est-il donc passé?

Le premier point à relever est que Sarkozy s’est enfermé dans une défense de son bilan là où l’action la plus utile aurait été de mettre en lumière leurs programmes respectifs et ne quoi ils étaient ou non capables de répondre aux nécessités de la situation. Mitterrand, en 1988, face à Chirac, avait su disqualifier les critiques de son adversaire à chaque fois (elles furent nombreuses) que celui-ci s’attaquait à son bilan. Sa réfutation (« On comprend bien qu’à vos yeux je n’ai jamais rien fait de bien ni d’utile, mais si nous ne sortons pas d’une critique stérile pour parler de ce qui intéresse les Français pour leur avenir, le débat n’aura pas grand intérêt pour eux ») fut somptueuse d’efficacité.

Nicolas Sarkozy souffre quant à lui d’une réactivité maladive au fait que l’on ne l’aime pas. Quand Hollande l’a attaqué d’emblée en l’accusant d’avoir divisé les Français au long de son quinquennat, il s’est enferré dans une défense douloureuse et, révélant sa vulnérabilité affective, s’est vu porter un coup de grâce : « Vous aurez de la peine à vous faire passer pour une victime ou un agneau… »

Hollande, tout au long du débat, a été d’une mauvaise foi efficace, attaquant aux différents endroits où Sarkozy, affectivement, était le plus fragile : si celui-ci a effectivement divisé, c’était bien plus du fait de gestes malheureux que de la réalité de sa politique. Et quand il cherchait à se dédouaner en mettant par exemple en avant la réalité  de l’ouverture politique à d’autres courants ou sensibilités, effectivement sans précédent sous la Vème République, ou la réalité des réaménagement fiscaux proposés (profitant plus à la classe moyenne supérieure qu’aux plus riches), il se retrouvait laminé par les raccourcis efficaces de Hollande.

De fait, Sarkozy s’est retrouvé pour la quasi-totalité du débat dans le siège de celui qui a à se justifier là où la seule posture efficace aurait été de contre-attaquer de projet à projet. Mais l’emballement émotionnel dans lequel il se trouvait rendait impossible cette stratégie pourtant évidente, et plus il sentait qu’il s’enfonçait, plus sa frustration le portait vers une certaine outrance, là où Hollande se montrait de plus en plus impérial…

Celui-ci démontra par-là même un trait trop négligé de sa personnalité. Sous ses dehors bonhommes, dans la lissitude qu’il affectionne, Hollande est un redoutable psychologue. Ses amis témoignent de son aptitude à sentir les réalités de l’autre et anticiper ses réactions. Tout au cours de ce débat, Hollande aura démontré une impressionnante maîtrise psychologique là où Sarkozy était emporté par son besoin de se justifier et d’être aimé. C’est-à-dire exactement sur le terrain où Hollande avait choisi de l’amener.

Les imprécations de Sarkozy traitant son adversaire de menteur furent cinglées d’une mise en lumière impitoyable (« Vous ne pouvez pas vous en empêcher », puis « vous recommencez… ») jusqu’à cet épisode sidérant où Sarko nia à réitérées reprises s’être rendu à l’Hôtel Bristol pour une levée de fonds en faveur de l’UMP, alors même qu’il a été photographié aussi bien se rendant à  que sortant de cette réunion!

Plus tard, dans sa fameuse anaphore (« Moi, Président de la République… ») tout de même un peu lourde et pompeuse, Hollande dessina en revanche avec une efficacité redoutable les contours de sa critique en négatif du président qu’aura été aux yeux d’une majorité de Français Nicolas Sarkozy. Et celui-ci, à nouveau touché dans son narcissisme à vif, de manquer une dernière opportunité de porter une contre-attaque utile.

La stratégie de l’ex-président fut donc une catastrophe et l’empêcha de tirer profit de ce débat comme il l’avait espéré. Ceci relève-t-il d’un manque de préparation (la méthode Coué n’est pas très utile), de la sous-estimation de son adversaire ou de son inaptitude, sur le moment, de se dépolariser de la souffrance que lui procurait les attaques de Hollande?

Des trois bien sûr probablement, mais surtout de la troisième de ses hypothèses. En 2007, Sarkozy s’était vanté de n’avoir jamais consulté de psychologue… ni de voyante, avait-il ajouté comme pour souligner le trait. C’est pourtant cet aveuglement psycho-affectif qui plus que toute autre chose l’aura empêché d’être plus performant dans sa campagne et ouvert la voie à un Hollande pas si patelin qu’il y paraît…

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