La Présidence et le symbole

La France a accompli hier soir sa grand messe démocratique. Résultat sans surprise, même si on aurait pu envisager, sous d’autres conditions, une autre issue au scrutin.

Ce qui aura frappé, un fois encore, c’est la fabuleuse incompétence symbolique de Nicolas Sarkozy. Chez cet homme « dépourvu de surmoi » (selon le mot de Franz-Olivier Giesbert), le stress conduit mécaniquement à l’évacuation de l’émotion, toujours tumultueuse,  dans l’action avec une spectaculaire perte de discernement quant à la dimension symbolique de ses paroles et de ses gestes.

Flickr - europeanpeoplesparty - EPP Summit October 2010 (105)-2Une fois encore, le Président sortant se sera caractérisé par une sorte de fuite en avant dans une multiplication des postures et des propositions, qui lui aura fait perdre de vue que ce qu’attendaient les Français, dans ces temps difficiles, était une aptitude à rassurer et à rassembler dans une autorité stable et inspirant la confiance.

La partition aurait pu être bonne : mettre en avant les aspects positifs de son bilan –bien réels–, tabler sur la confiance qu’il a su inspirer aux principaux chefs d’état de la planète, montrer une maîtrise des dossiers aguerrie au feu de l’expérience, accepter avec compréhension les votes de refus et d’angoisse de larges segments de la population tout en restant ferme sur ses principes, bref, se positionner dans le rôle de celui qui effectivement a appris et qui est le mieux à-même de tenir le gouvernail à travers la tempête.

A l’inverse, il a multiplié les fronts clivants, brouté sans vergogne dans des thématiques troubles en espérant charmer l’électorat lepeniste, surréagi affectivement aux critiques et remises en cause de sa personne et de son bilan… et donné en définitive (ou plutôt confirmé) l’image d’un responsable agité, dispersé, cherchant le conflit pour le conflit et donc incapable de s’abstenir de jeter de l’huile sur le feu des difficultés.

Prisonnier de ses modes de réaction, Sarkozy aura tendu les clous de son cercueil politique à son adversaire. Si dans le cerveau du président sortant, la régulation du stress se fait dans la compulsion dans le passage à l’acte et les paroles irréfléchies, tout désordonné ou contre-productif qu’il soit, pour François Hollande, elle se traduit avant toute chose par une rétention de l’affect. Que ce soit par sa facilité de contact ou sa lissitude, Hollande protège et escamote sa réalité intérieure au profit d’une apparence qui justement correspond en l’occurrence ce à quoi les Français aspiraient : normalité, contenance, modération, humanité. Du coup, il aura su s’imposer par une symbolique anti-lyrique mais profondément réconfortante, là où Nicolas Sarkozy aura donnée une impression inverse, venant en confirmation de bien des incidents préalables, d’inaptitude à incarner les qualités afférentes à la stature présidentielle…

Pareillement, on reste déconcerté par la sincérité naïve avec laquelle l’ex-président est revenu sur les actes les plus symboliquement myopes de son mandat : soirée d’élection au Fouquet’s, bouclier fiscal pour les hauts revenus, tentative d’imposer la nomination de son fils à la tête de l’EPAD… C’est sur ces sujets, et non pas tant sur ses réformes et ses décisions politiques, que Nicolas Sarkozy s’est aliéné le respect et la confiance des Français. Sans jamais pouvoir accéder à cette dimension symbolique, mais en restant dans un étonnant premier degré.

Finalement, c’est dans le discours par lequel il reconnaissait la victoire de son adversaire que Nicolas Sarkozy aura été le meilleur. Libéré de son mode réactionnel de fuite dans l’action, son cerveau limbique apaisé, il aura montré un visage humain, respectueux, sincère, chaleureux et crédible. Ce que les Français attendaient précisément du candidat qu’ils allaient élire.

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